Music is the dope

Stoned stoned stoned stoned
let's get stoned ,
music is my dope.

Drôle d’entreprise dans laquelle se sont lancés Les Kitschenette’s. Depuis 2009, les membres de ce groupe, partagé entre Paris et Saint-Malo, offrent une relecture personnelle de titres yéyé-pop-garage millésimés 1964-1967 !

Fouillant les brocantes de l’histoire musicale, ils en extirpent quelques pépites auxquelles ils offrent un lustre contemporain. Ici, ça recycle avec talent en démontrant que le français swingue à merveille.

Plein d’énergie, classieux autant que joyeux, ce EP est sorti en vinyle (forcément). Il est aussi téléchargeable sur Internet

http://leskitschenettes.bandcamp.com

Homme de l’ombre, entre autres chez Arcade Fire, le Canadien Owen Pallett expose aussi ses talents au grand jour sur de très beaux albums solos.

In Conflict, quatrième disque, enregistré avec le FILMharmonic Orchestra de Prague et le mythique producteur anglais Brian Eno (excusez du peu) confirme le talent du bonhomme.

Violoniste de formation, il met son instrument fétiche à l’honneur dans des symphonies à taille humaine, parsemées de touches électroniques.

Le tout est chanté d’une voix légèrement affectée qui apporte la distance nécessaire. Une musique d’une tristesse lumineuse.

Cinq ans que Morrissey n’avait pas sorti d’album. L’ex-chanteur des Smiths, groupe anglais culte des années 1980, n’est pourtant pas resté les bras croisés, rééditant ses disques solos, publiant une autobiographie best-seller au Royaume-Uni.

Pour son retour, il arrive à suspendre. Bien sûr, il y a toujours ces riffs de guitare rageurs, cette batterie enclume, loin de la légèreté passée. Mais, sur cet album enregistré en France, Morrissey s’accorde quelques respirations : guitares flamenco, accordéon, un peu de douceur acoustique… Végétarien jusqu’au-boutiste, il se réjouit de la mort d’un torero (The Bullfighter Dies) ; se moque des grands de ce monde (World Peace…) ; se livre sans fard (I’m Not a Man).

Surtout, il n’a jamais été aussi en voix. Son rôle de crooner acariâtre indie-rock lui va comme un gant. 

Meilleur morceau de l'album, ce Staircase at The University, qui devient dans ce clip improvisé la bande son d'un film d'Elia Kazan, Splendor in the Grass, avec Nathalie Wood. 

Bien coté en Angleterre, assez inaperçu de ce côté-ci de la Manche, Cherry Ghost revient, après quatre ans de silence, avec un troisième album.

Les amateurs de pop romantique seraient bien avisés d’y jeter une oreille. Le groupe de Bolton manie à merveille les codes de cette soul du nord de l’Angleterre, née dans les années 1960, avec ses arrangements sucrés sans jamais être mielleux.

L’âme de Cherry Ghost, Simon Aldred, a le talent pour faire pleurer les violons sans jamais geindre. Il sait aussi faire chavirer de sa voix mélancolique les cœurs en évitant de tirer sur la corde. 

Jeff Buckley, une Grace toujours intacte

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L'album Grace, le seul sorti du vivant de Jeff Buckley, fête ses 20 ans. Il est reconnu comme une des plus beaux disques de son époque. Voici dix anecdotes sur son auteur. 

Il ne s'est pas toujours appelé Jeff Buckley

Même si son certificat de naissance stipule bien le nom de Jeffrey Scott Buckley, l'auteur deGrace s'est longtemps appelé Scott Moorhead. Le nom de famille de son beau-père, le père de Jeff ayant quitté sa mère, Mary Guibert, peu de temps avant sa naissance. Durant son enfance, il s'appellera donc Scott. Jusqu'à ses 17 ans où, après le divorce de sa mère, il décide de reprendre son vrai nom. Même si sa famille continuera longtemps à l'appeler Scott.

Son père est un musicien devenu aussi légendaire

Ce père que Jeff Buckley n'a jamais connu, c'est Tim Buckley. Le chanteur californien divorce de Mary Guibert pour se lancer corps et âme dans une carrière musicale. D'abord folk, sa musique évoluera petit à petit vers le free jazz. Il meurt d'une overdose en 1975, à 28 ans. Une de ses chansons, au moins, est passée à la postérité. On la trouve sur l'album Starsailor (un nom repris par un groupe anglais des années 2000). Song to a Siren sera transfigurée, dans les années 1980, par la relecture new wave de This Mortal Coil et la voix céleste de Liz Fraser, chanteuse de Cocteau Twins, avec qui Jeff Buckley aura d'ailleurs une brève relation.

Il se révèle lors d'un concert hommage à son père

Si il a toujours entretenu une relation ambiguë avec sa filiation, Jeff Buckley lui doit quand même d'avoir été découvert. En 1991, alors installé à Los Angeles, Buckley est convié à un concert hommage à son père à la St. Ann’s Church de Brooklyn. « Ce n'était pas mon affaire, ma vie. Mais j’étais ennuyé de n'avoir pas assisté aux funérailles de mon père. Ce concert a été ma façon de lui faire mes condoléances. » L'assistance est soufflée, entre autres par son interprétation de I Never Asked to Be Your Moutain, une des rares chansons où Tim Buckley parle de son fils. C'est aussi à cette occasion qu'il rencontre Gary Lucas, un ancien musicien de Captain Beefheart, dont il rejoindra un temps le groupe et avec qui il composeGrace et Mojo Pin.

Il a longtemps joué devant une poignée de spectateurs dans un café de l'East Village, à New York 

S'il s'est fait un prénom après sa prestation au concert hommage à son père, Jeff Buckley est encore loin d'avoir percé. Il déménage à New York et se fond comme un poisson dans l'eau dans la bohème du Village. Un agent le repère et l'invite à jouer au Sin-é Café, un café de l'East Village. Il s'y produit tout seul à la guitare, chantant tout ce qui lui passe par la tête, devant parfois à peine une vingtaine de personnes, pendant des prestations marathon. C'est là que la maison de disques Columbia le déniche et lui fait signer un contrat. De cette époque, il reste un témoignage sonore, le  quatre titres, Live at Sin-é, et cette vidéo où il reprend notamment Kick Out the Jams du MC5.

La tessiture de  sa voix est proche de celle de Pavarotti 

Le plus incroyable chez Jeff Buckley, c'est évidemment cette voix étourdissante, couvrant quatre octaves, qui lui permet toutes les acrobaties. Il possède ainsi une tessiture (l'ensemble des notes qu'une voix peut produire sans effort) de ténor lyrique, proche de celle de Luciano Pavarotti. Évidemment, les similitudes avec le chant de son père étaient souvent troublantes. On y sent aussi l'influence de Robert Plant, le chanteur de Led Zeppelin, un groupe que vénérait Jeff Buckley. Mais l'un de ses maîtres vocaux, c'est Nusrat Fateh Ali Khan, le musicien pakistanais. Buckley l'interviewera d'ailleurs pour un magazine et écrira les notes d'une anthologie discographique consacrée au maître du qawwali.

Grace aurait pu n'être qu'un album de reprises

C'était l'idée de départ quand Jeff Buckley rentre en studio avec le producteur Andy Wallace, qui avait notamment été ingénieur du son sur le Nevermind de Nirvana. Il faut préciser que Jeff Buckley possédait un don rare : l'oreille absolue. Il pouvait reprendre sans souci une chanson juste après l'avoir entendue. Ses goûts très éclectiques le portent aussi bien vers l'Irlandais Van Morrisson (The Way Young Lovers Do) que The Smiths – « la seule chose valable dans la musique des années 1980 », selon lui – dont il interprétera souvent en concert I Know It’s Over ou Édith Piaf dont il chante Je n'en connais pas la fin. Finalement, l'album ne comportera que trois reprises : Lilac Wine, une chanson d'Elkie Brooks que Nina Simone a fait connaître, Corpus Christi Carol, du compositeur classique britannique Benjamin Britten et…

Non, non, ce n'est pas lui qui a écrit Hallelujah…

La précision fera sûrement sourire les puristes. Mais elle reste utile. Hallelujah est évidemment une chanson de Leonard Cohen, sortie en 1984 sur l'album Various Positions. Mais, pour sa version, Jeff Buckley s'est inspiré des arrangements d'une autre reprise : celle de John Cale, membre du Velvet Underground, parue pour la première fois sur une compilation hommage à Cohen, à l'initiative des Inrockuptibles, I’m You Fan. Cette version de John Cale est aussi présente sur la BO de…Shrek. Quant à l’Hallelujah de Buckley, il a depuis fait les choux gras des apprentis stars de différents radios crochets télévisés, à travers le monde. Jusqu'à l'écœurement.

Grace est loin d'avoir été un succès commercial à sa sortie

Le premier album de Jeff Buckley est aujourd'hui mythique. Pourtant, s'il recueille un bel accueil critique, Grace est loin d'avoir fait un carton : 750 000 exemplaires dans le monde. Honnête mais insuffisant pour permettre à sa maison de disques, Columbia, de rentrer dans ses frais (près de 2,2 millions de dollars). Sa disparition tragique, en mai 1997, noyé dans le Mississippi va changer la donne. Il avait 30 ans. Jeff Buckley devient plus rentable mort que vivant… En 2008, l'interprétation par un candidat d'American Idol d’Hallelujah permet à la reprise de Jeff Buckley de se retrouver en tête des charts iTunes aux États-Unis. Depuis, Grace apparaît régulièrement dans les classements des meilleurs albums des années 1990.

C'est en France que le talent de Jeff Buckley a d'abord été reconnu 

Si les États-Unis sont restés plutôt indifférents au talent de Jeff Buckley à ses débuts, l'Europe le reçoit à bras ouverts. Et particulièrement la France. Rétrospectivement, rien d'étonnant pour cet amoureux de Piaf. En 1995, Grace reçoit le prestigieux grand prix de l'Académie du disque Charles-Cros, comment avant Jeff Buckley, Édith Piaf, Jacques Brel, Bob Dylan… ou Leonard Cohen. La relation entre Buckley et le public français a toujours été très forte. En témoigne un live à l'Olympia enregistré en juillet 1995 et publié en 2001. De l'avis même du chanteur, pourtant peu porté sur l'autosatisfaction, il représente un sommet.

 Il a joué à Rennes devant moins de 500 personnes

Le succès de Grace en France fait que Jeff Buckley y joue souvent. En 1995, sa première tournée française passe par Rennes le 13 février 1995. Si le concert affiche complet, il ne déplace pas les foules. Et pour cause, il se déroule à l'Ubu avec sa jauge de 450 spectateurs. La vérité oblige à dire que près de vingt ans après, la mémoire ne garde qu'un souvenir diffus de cette soirée. Un Jeff Buckley en t-shirt blanc et pantalon noir plutôt blagueur, dégustant un verre de vin rouge entre les chansons, l'humeur badine. Des filles (forcément) en pâmoison devant ses acrobaties vocales et son charisme tranquille. Un Hallelujah en apesanteur, seul à la guitare, lors du rappel. Et le sentiment, sur le chemin du retour après le concert, d'avoir partagé un moment de grâce…

À lire, la biographie de Jeff Buckley signée du journaliste Stan Cuesta, sortie chez Le Castor Astral.

Jacco Gardner, The Ballad of Little Jane. Difficile de se lasser de ce morceau du Hollandais (sans chapeau sur la vidéo)

(Source: youtube.com)

Des bonnes nouvelles comme celle-là de Liverpool, on n’en avait pas reçu depuis The Coral.

Sur son premier album, We are Catchers, soit Peter Jackson, s’inscrit dans cette lignée d’artistes des bords de la Mersey (Pale Fountains, La’s…) qui rêvent de Californie.

Ses cavalcades au piano rappellent les meilleures heures de Brian Wilson des Beach Boys.

Avec le renfort du talentueux Bill Ryder-Jones, ex-guitariste des… Coral, il signe dix perles tour à tour euphorisantes et mélancoliques aux orchestrations léchées, aux harmonies vocales parfaites et aux mélodies de toute beauté.

Époustouflant ! Cette LEKTION III est certainement l'un des événements musicaux de l'année. Il est signé Den Sorte Skole, un collectif de trois DJ danois.

Pour ce qu'ils décrivent comme un voyage musical, ils ont assemblé des sons d'environ 250 disques issus de 51 pays.Cela leur a pris deux ans. Et ça valait le coup. Ce collage est bluffant parce qu'il ne sonne justement pas comme un collage !

A partir d'une matière existante, Den Sorte Skole crée de nouveaux morceaux. Les Danois piochent ici dans les chansons expérimentales de Fontaine et Areski ou le krautrock de Popol Vuh, là dans la musique africaine ou le rock psychédélique des Balkans.

Leur musique est faite de bouts de sons cousus mains mais impossible de voir les ficelles ! Les trois DJ créent une musique envoûtante, explosant les frontières du sampling.

Den Sorte Skolle n'ayant pas obtenu tous les droits des morceaux pour distribuer leur album sur les plateformes classiques, le groupe le propose gratuitement sur le net mais l'a aussi sorti sous la forme d'un très beau triple vinyle,

http://densorteskole.net/

Attention, film culte. Sorti en 1967, en plein Swinging London, Privilege avait fait un bide. Son réalisateur, Peter Watkins, a réalisé, entre autres films (un peu) plus connus Punishment Park, autour de la guerre du VietNam.

Sa recette : une fiction tournée à la façon d'un documentaire. Dans Privilege, on suite donc Steven Shorter (interprété par le chanteur de Manfred Mann, Paul Jones), idole de la jeunesse britannique, provoquant l'hystérie partout où il passe.

À l'époque, Watkins pensait certainement aux Beatles. Aujourd'hui, on pourrait penser, entre autres, à Justin Bieber…

Aucun parallèle musical, évidemment, mais une façon d'appréhender cette société du spectacle comme un instrument de manipulation de masse. 

Ce qui semble évident aujourd'hui, Watkins l'avait déjà vu en 1967. Et l'on peut sentir dans Privilege les prémices de la téléréalité, de la “showbisation” de la politique et de la religion, de la société des loisirs comme moyen d'étouffer les révoltes. 

L'esthétique de ce film aura aussi peut-être inspiré les Pink Floyd à l'heure d'imagine certaines scènes de The Wall, où la popstar se mue en leader fasciste.